Le télétravail va-t-il se généraliser ?

On parle de plus en plus du télétravail. De plus en plus de personnes sont intéressés à exercer leur métier en télétravail. Une étude menée en 2010 par GrlDsure montre que 64% des salariés considèrent le télétravail comme une clé de satisfaction professionnelle, alors que dans la réalité seulement 7% ont accès au travail à distance. Nous ne sommes donc en France qu’aux prémices du télétravail.

Concilier vie professionnelle et vie familiale, profiter de plus de temps libre, gagner la liberté de résider dans le lieu de son choix sans être soumis à la localisation de son entreprise, éliminer les pertes de temps et la fatigue des trajets domicile-travail sont les principales motivations des candidats au télétravail. Le développement des Technologies de l’information et de la communication (TIC), l’accessibilité à tous, permet de décupler l’intérêt pour cette forme d’organisation du temps de travail qu’est le télétravail.

Mais déjà que se cache-t-il derrière ce mot ? Est-ce une nouvelle forme de travail limitée à de nouveaux métiers ou bien est-ce plutôt une nouvelle façon de penser et réaliser son activité professionnelle ? Les définitions du télétravail, appelé aussi travail à distance, ont largement évolué en 15 ans et elles sont différentes d’un pays à l’autre.

La définition retenue en France pour qualifier le télétravail avec l’Accord National Interprofessionnel (ANI) Juillet 2005 étendu à tous les secteurs d’activité en 2006 est la suivante :

« Le télétravail est une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information dans le cadre d’un contrat de travail et dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ».

Cette définition englobe différentes façons d’exercer son métier en télétravail. En effet, la plupart des gens considèrent que le télétravail est uniquement associé au fait de travailler depuis son domicile. Or, ce n’est qu’une des manières de pratiquer le télétravail, il en existe plusieurs autres :

– Nomadisme : c’est la forme de télétravail la plus répandue aujourd’hui. Ce sont des postes ou des fonctions s’exerçant à l’extérieur de l’entreprise, où le salarié réalise des tâches à distance, télétransmet des informations, sans obligatoirement se trouver une fois par jour dans les locaux de l’entreprise. Les commerciaux, consultants, représentants en télétravail exerce selon le mode du nomadisme

– Travail collaboratif : au sein de la société et avec d’autres intervenants dans des filiales éloignées ou bien d’autres entreprises partenaires, le salarié travaille à distance en collaboration avec d’autres personnes sur des taches ou des projets communs. Les systèmes de communication, vidéoconférences, partage de documents, intranet … rendent cette collaboration possible.

– Travail sédentaire alterné (aussi appelé travail pendulaire) : à mi chemin entre le nomadisme et le travail classique au sein de l’entreprise. Le salarié est présent dans la société quelques jours seulement fixés à l’avance et le reste de son temps de travail se réalise à l’extérieur.

Les définitions légales ne font mention que du télétravail comme effectivement un mode d’organisation du lieu et temps de travail mais concernant uniquement les salariés, dans le cadre d’un contrat de travail. S’il est effectivement nécessaire de cadrer et légiférer sur cette possibilité, il n’en reste pas moins que cette définition est limitée. En effet, le télétravail ne concerne pas uniquement les salariés mais aussi les auto-entrepreneurs, les chefs d’entreprises, certaines professions libérales … Et ces travailleurs indépendants représentent une large part de ce mode d’organisation du travail.

Pourquoi le télétravail ?

Le télétravail présente des avantages à la fois pour le travailleur et son employeur s’il est salarié :
– Frais de structure (coûts immobiliers) et de fonctionnement réduits
– Diminution de l’absentéisme
– Plus grande productivité
– Moins de stress
– Plus de motivation
– Le temps réel travaillé est plus important
– Flexibilité dans l’organisation du temps de travail
– Recrutement non limité géographiquement
– Réduction des émissions de gaz à effet de serre

Bénéfice écologique du télétravail

Eliminant les trajets domicile-travail, éliminant également les dépenses énergétiques liées à un bureau ou des locaux dédiés à une activité professionnelle pure (chauffage, éclairage, climatisation), le télétravail présente un atout pour la réduction des gaz à effet de serre.

Le potentiel d’économie de rejets de CO2 rendue possible par le télétravail est édifiant. Une étude réalisée en 2008 pour la France, intitulée Smart 2020, a montré que l’économie potentielle est de 11,7 millions de tonnes de CO2. Cela reviendrait à éliminer près de 5 millions de voitures de la circulation !
50% des émissions de CO2 sont liées aux déplacements professionnels (source WWF, 2008), et en France, un employé parcourt, sur le trajet domicile-travail, en moyenne 26 km par jour. Dans l’hypothèse où un salarié travaillait en moyenne 2 jours par semaine depuis son domicile, cela permettrait d’éliminer le rejet de plus de 800 kg de CO2 par personne et par an, ce qui équivaut à presque 10% du bilan carbone d’une personne.

Plus globalement, le télétravail participe au développement durable qui comprend 3 principes fondamentaux
– Economique : le télétravail réduit les coûts et les charges tant pour le salarié que pour l’entreprise. Les bénéfices ou le pouvoir d’achat s’en trouve augmentés
– Social : bien-être personnel à travailler dans un environnement serein et familier, moins de stress
– Environnement : réduction des émissions de gaz à effet de serre par l’élimination de trajets quotidiens et des consommations énergétiques des bureaux traditionnels

Quels métiers pour le télétravail ?

Etant une forme d’organisation du travail et non pas un métier à part entière, le télétravail peut en théorie s’adapter à de multiples postes ou métiers. Certains métiers y sont plus propices tels que :
– les professions et les cadres spécialisés (architectes, comptables, cadres, commerciaux, relations publiques, finance, …)
– les métiers de supports ou assistance à distance (traducteurs, correcteurs, documentalistes, téléassistance, …)
– les personnes ayant des postes mobiles ou itinérants (représentants, vendeurs, enquêteurs, consultants, journalistes, agents d’assurances, …)
– les spécialistes des technologies de l’information (analystes, programmeurs, développeurs et concepteurs de sites Internet, webmaster, …)
– les métiers de l’information (journalistes, rédacteurs, photographes, etc.)
– les métiers de création intellectuelle (publicité, littéraire, musique, auteurs, …)
– les employés de bureaux (saisie, du traitement de texte, secrétariat, télévente, comptabilité, …)

Cette liste n’est pas exhaustive du fait que les moyens technologiques de communication, de partage et collaboration en ligne sont de plus en plus performants et évolués permettant ainsi l’exercice en télétravail de métiers hier impossibles à envisager dans cette forme d’organisation.

Quels statuts pour le télétravail au sens large ?

Si on considère la définition large du télétravail, s’appliquant à tous métiers pouvant se pratiquer à domicile, à distance, on peut alors différencier deux grands types de télétravail :

« Télétravail salarié »

Le salariat est le statut juridique légalement retenu pour désigner un télétravailleur. Les droits des télétravailleurs sont les mêmes que ceux des salariés exerçant leur activité professionnelle au sein de l’entreprise. L’employeur est tenu de fournir les équipements et logiciels nécessaires à son salarié télétravailleur.

« Télétravail indépendant »

Différents statuts sont possibles. Le choix se fait fonction du métier exercé et du projet de l’entrepreneur. Le fait qu’il travaille à distance, qu’il « télétravaille » ne sert pas à déterminer le statut juridique retenu pour l’exercice de son activité d’indépendant. L’entrepreneur travaillant à distance peut opter pour 4 types de statuts :
– EURL/SARL : création de société classique avec un capital de départ
– Auto-entrepreneur, facile et rapide à mettre en œuvre et charges réduites
– Portage salarial, idéal pour tester son projet d’entreprise sans risque
– VDI (vendeur à domicile indépendant)

Le télétravail a du mal à se développer en France au même rythme que ses voisins européens.

En Europe, 13% de la population active exerce son activité en télétravail. Aux Etats-Unis ce chiffre atteint la proportion de 25% de la population active. La France reste à la traîne avec seulement 7% de télétravailleurs, vraisemblablement victime de clichés ou de confusions quant à cette forme d’organisation du travail.

Les propositions de télétravail au sein des entreprises restent encore limitées aux grandes structures et a du mal à se généraliser aux PME. Et même dans les grandes entreprises ou les collectivités où le télétravail est déjà mis en place, il ne s’agit pas encore de formes ou de contrats systématiques et cela reste encore du cas par cas, le plus souvent à l’initiative du salarié.

Promouvoir et développer le télétravail en France : il s’agit pourtant bien d’une évolution des mentalités et des formes de travail qui va tendre à se généraliser car elle répond à la fois à des contraintes économiques et environnementales et en même temps correspond aux attentes sociales des travailleurs.